« L’orgue est un instrument fabuleux, envoûtant, un peu surnaturel ; celui qui en joue est invisible, enfermé derrière la façade, et sa retraite ajoute au mystère. L’orgue est aussi un élément important du patrimoine ; on en compte des milliers en France : petits, les modestes ; grands, les vedettes ; très grands, les stars.

Inventé il y a plus de vingt siècles, l’orgue s’est façonné, discipliné, enrichi, affiné, individualisé au fil du temps et c’est aujourd’hui une très belle machine qui peut faire rêver, qui peut accompagner les pleurs, et même jubiler avec les cœurs en fête.

Mais derrière la façade que l’on appelle le “buffet” (et qui est lui-même une œuvre d’art), il y a une forêt de tuyaux, souvent des milliers : des grands, des gros. Ils grondent, des fûts moyens qui savent s’imposer dans toutes les situations ; des petits qui jacassent et gazouillent ; des brillants qui éblouissent, et les agressifs bousculent les autres. Il y a ceux qui chuchotent, ceux qui s’imposent avec majesté, ceux qui tonitruent !


Au milieu, de tous ces tubes de bois, d’étain ou de plomb, se tient celui que l’on appelle organiste, un sorcier qui se plait à organiser, à discipliner tout ce monde coloré.
Parce que l’orgue est certes une machine… mais c’est tout un monde. Et comme toute machine, il faut l’entretenir, et comme tout monde il faut le faire vivre.

Entretenir et faire vivre un instrument, c’est l’objectif d’une association d’amis des orgues. Celle de Meaux a pris le nom de “Valéran de Héman”, le facteur d’orgues qui l’a construit il y a près de quatre siècles.
Son enrichissement a été effectué par d’autres illustres facteurs qui sont tous artistes et artisans : Clicquot au XVIIIe, les Dallery au XIXe, Victor Gonzalez au XXe siècle.

L’orgue de Meaux est donc bien un élément important du patrimoine ; il a traversé les siècles.
L’association a conduit sa reconstruction et elle l’a fait vivre en organisant des centaines de manifestations autour de l’instrument. Mais, implanté dans un édifice religieux, l’orgue est d’abord un instrument au service de la liturgie et son répertoire le plus souvent limité. Bien qu’aujourd’hui les compositeurs se soient affranchis de l’inspiration spirituelle, l’orgue reste un instrument dans l’église.

Devant l’évolution de la société, compte tenu de l’augmentation du temps de loisir, de l’appétit culturel renouvelé et de l’attrait pour l’orgue profane manifeste, l’association Valéran-de-Héman veut se faire aujourd’hui le chantre d’un orgue profane, dans un lieu ouvert au public, sans contrainte, au service d’un répertoire large et multicolore.

Voilà un nouveau challenge, un défi à relever qui va dynamiser notre association cinquante ans après sa création ».

René Peneau,
Président fondateur de l’association Valéran-de-Héman
Organiste émérite du grand orgue de la cathédrale de Meaux
Directeur de l’ensemble choral À-Travers-Chants