Depuis des temps reculés, Meaux a été un foyer musical important ; pour les orgues, en particulier dès 1221.

Plus près de nous, l’association Valéran-de-Héman, au service des orgues depuis plus de quarante ans, œuvre avec régularité pour la conservation et l’enrichissement du patrimoine.

On dénombre à Meaux cinq orgues à tuyaux et un orgue numérique :

  • Grand orgue de la cathédrale (67 jeux)
  • Orgue de chœur de la cathédrale (16 jeux)
  • Orgue Saby du musée Bossuet (8 jeux)
  • Orgue de l’église Saint-Nicolas (24 jeux)
  • Orgue numérique Johannus Rembrandt du temple (60 jeux baroques ou 60 jeux romantiques)

Le grand orgue de la cathédrale

1627 : le premier orgue, préclassique français (28 jeux)

Le premier orgue connu qui fut installé dans le majestueux buffet en bois de chêne encore visible aujourd’hui à la tribune de la cathédrale, est le grand   instrument   préclassique   français   que construisit le facteur Valéran de Héman en 1627.

On pense, par la correspondance de l’évêque Amaury, que dès 1221, la cathédrale, encore en cours de construction, aurait possédé un orgue. On peut ensuite supposer qu’au début du XVIe siècle, probablement sous François Ier, l’élégante tribune dressée peu avant au fond de la nef, a reçu un deuxième orgue. Mais celui-ci a été détruit par les protestants, lorsqu’on 1561, envahissant cathédrale et églises de Meaux, ils y firent un « dégât inexprimable », allant « jusqu’à briser la ceinture du chœur en albâtre ».

Si elle en avait eu un auparavant, il semble donc que depuis cette date, la cathédrale ne possédait plus d’instrument. Monseigneur Jean de Vieupont, sacré évêque de Meaux en février 1603 et ses successeurs, en particulier Jean de Belleau, son neveu, sacré en 1624 et intronisé à Meaux en février 1626, s’attacheront à restaurer une liturgie plus noble. C’est donc à cette époque que les chanoines de Meaux font appel à Valéran de Héman, le plus habile facteur d’orgue de son temps, qui avait aussi œuvré pour le Roi et pour de prestigieuses cathédrales et églises.

L’instrument que construisit Valéran de Héman et qui nous est parvenu, comporte deux corps : l’un plus petit (orgue positif orné d’une montre de 4 pieds en façade) situé sur le sol de la tribune dans une échancrure de la balustrade ; et l’autre, à l’arrière, plus grand, supportant une tuyauterie de 8 et 16 pieds.

Chacun des deux buffets comprend trois tourelles et deux plates-faces. L’instrument, qui compte alors 28 jeux est couronné d’une statue du Christ (tourelle axiale) et de deux angelots brandissant palmes et trompettes proclamant sa gloire (tourelles latérales).

Les grands moments de la vie d’un orgue sont les relevages (remise en état sans modifications) et surtout les restaurations ou reconstructions qui, environ deux fois par siècle, modifient peu ou prou, l’instrument. Or, à Meaux, les archives qui nous permettent de connaître avec certitude les travaux entrepris et de percevoir l’évolution de l’instrument, sont guère plus loquaces pour le XVIIIe que pour le XVIIe siècle.

1770 : le 2e orgue classique français (38 jeux)

Seule une quittance de 1730 permet de poser un jalon : sous le pontificat de H. de Thiard, Cardinal de Bissy, prélat mécène qui n’hésite pas à puiser dans sa cassette personnelle pour embellir sa cathédrale et la meubler magnifiquement, des travaux  importants furent entrepris par Pierre Dallery.

Vers 1775, on sait que l’illustre facteur d’orgue du Roy, François-Henri Clicquot, vraisemblablement avec son associé Pierre Dallery (neveu de Pierre) a travaillé également sur l’instrument. Les travaux de ces deux facteurs ont donc apporté modifications et enrichissements de sorte que l’on peut considérer qu’un deuxième instrument, classique français, a succédé à celui de Valéran de Héman, le portant de 28 à 37 ou 38 jeux.

Au XIXe siècle : le 3e orgue dit “de transition” (41 jeux)

François-Henri Clicquot disparait en 1790. Les négligences au niveau de l’entretien durant la tourmente révolutionnaire, mais aussi la foudre qui tombe sur l’instrument le 2 février 1809 conduiront plusieurs des successeurs du facteur Clicquot, Pierre Dallery son associé (1735-1810), puis le fils de celui-ci Pierre-François (1764-1833), puis son petit-fils Louis-Paul (1797-1870), à intervenir au chevet de l’orgue de Meaux. Les transformations qui sont opérées font cependant l’objet de nombreuses hésitations et discussions… mais l’instrument dit “de transition”, réalisé à cette époque, reste cependant d’esprit classique, avec 41 jeux.

1895 : le 4e orgue « romanticisé » (33 jeux)

Au cours du XIXe siècle, l’esprit romantique envahit les tribunes : on veut alors des sonorités orchestrales, expressives, suaves, pour interpréter la littérature en vogue à l’époque. En 1895 et 1911, on fait appel à Brisset, facteur d’orgues installé à Reims. Des coupes sombres sont faites dans la tuyauterie ancienne. Nouvelles venues : flûtes harmoniques, gambes et voix célestes. L’instrument passe de 41 à 33 jeux sur seulement 2 claviers et pédalier. On dispose alors d’un orgue qui se veut de son temps mais qui ne possède aucun des attributs propres à l’orgue symphonique de l’époque (jeux de fonds nombreux, grand clavier de récit).

1934 : le 5e orgue néoclassique (50 jeux)

Brisset n’ayant pas renouvelé la mécanique, après 1920, l’instrument est à bout de souffle. Monseigneur Gaillard, évêque de Meaux ; Joseph Bonnet, organiste de Saint-Eustache à Paris qui a des attaches familiales toutes proches, et la Commission des orgues nouvellement créée, font appel en 1930 à Victor Gonzalez, seul facteur d’orgue qui adhère au mouvement naissant redécouvrant les sonorités classiques, et résolu, quand cela est possible, à garder une tuyauterie ancienne de valeur. Dix-huit jeux neufs sont apportés et le facteur refait 296 tuyaux parmi les jeux existants, tout en respectant leurs timbres particuliers.

1980 : le 6e orgue dit “de synthèse” (67 jeux)

Quelques décennies plus tard, en 1976, alors que l’instrument est encore “à bout de souffle”, la commission technique de l’association Valéran-de-Héman est amenée à concevoir un projet de restauration de l’orgue afin de reconsidérer sa mécanique (remplacement du système pneumatique par une transmission mécanique permettant un toucher plus percutant et personnalisé pour l’organiste) et d’optimiser sa synthèse sonore. L’orgue est alors reconstruit par la société Gonzalez et inauguré le 8 juin 1980. Avec cinq claviers manuels et pédalier c’est l’orgue que nous apprécions aujourd’hui.

Tableau de la composition du grand orgue

L’orgue de chœur de la cathédrale

Orgue de chœur © J-M. Rigault Orgue de chœur Orgue de chœur Orgue de chœur 5- Orgue de chœur
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Orgue de chœur © J-M. Rigault

À partir de 1830, de nombreuses cathédrales se sont dotées d’orgues de chœur dont la principale fonction était d’accompagner le chant des chorales.

À Meaux c’est vers 1832 que les frères Claude implantèrent un instrument.

Celui-ci n’ayant pas donné satisfaction, on fit appel à Joseph Merklin pour le remplacer. Ce facteur d’origine allemande s’était formé, en Suisse, en Allemagne, avant de s’installer en Belgique, puis de racheter la célèbre maison Daublaine-et-Callinet à Paris, et de s’installer à Lyon.

Entreprenant, dynamique, curieux des nouveautés et cherchant toujours les améliorations à apporter à ses orgues, il fit de nombreux travaux et constructions en France et à l’étranger.

Son orgue de Meaux, construit en 1880, avec sa large plate-face qui se déploie dans la boiserie des stalles, compte 16 jeux, dont 12 jeux réels.

C’est un orgue d’esprit romantique ; mais en 1980 à l’occasion de la mise au ton du grand orgue, on a remplacé le salicional par un larigot.

C’est un orgue robuste comme tous les instruments de Joseph Merklin, mais il est dur à jouer ; là aussi un relevage serait nécessaire.

L’association Valéran-de-Héman a participé à des travaux en 1978 et à une révision en 2004.

Tableau de la composition de l’orgue de chœur

L’orgue Saby du musée Bossuet

Orgue du musée © J-M. Rigault Orgue du musée Orgue du musée Orgue du musée
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Orgue du musée © J-M. Rigault

Cet instrument de 7 jeux a été commandé par l’association au facteur d’orgues Saby en 1982 et livré en 1984. Une seconde tranche de travaux l’a complété en 1986.

Aujourd’hui, il compte 8 jeux, 2 claviers et pédalier en tirasse dont 4 jeux au grand-orgue (flûte 8, prestant 4, doublette 2, plein-jeu 3 rangs), 4 jeux au récit (bourdon 8, flûte 4, larigot 11/3, régale 8). Cet orgue aux sonorités claires et légères a participé durant deux décennies à l’animation liturgique alors qu’il était placé au Vieux Chapitre, grande chapelle proche de la cathédrale.

Depuis 1992, dans le cadre d’une convention, il est également l’instrument de la classe d’orgue du conservatoire municipal de musique.

En janvier 2007, il a été transporté au Musée Bossuet (musée municipal), dans la chapelle basse, occupant alors un emplacement de choix, où il sonne donc bien.

Il est toujours l’instrument de la classe d’orgue du Conservatoire. Certaines auditions sont organisées par le Conservatoire et l’association Valéran-de-Héman pourrait y prévoir d’autres manifestations.

L’orgue de l’église Saint-Nicolas

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Orgue de l’église Saint-Nicolas © J-M. Rigault

On n’a pas trace de l’instrument ancien de la chapelle du couvent des Cordeliers, ni de celui qui s’y trouvait lorsque celle-ci devint église paroissiale Saint-Nicolas.

L’orgue que nous voyons aujourd’hui a été construit vers 1880 par Baldner Père et Fils (226 rue de Vaugirard à Paris).

Son buffet de sapin recouvert de peinture claire n’est pas d’un schéma courant en Ile-de-France, avec ses deux parties superposées, ses plates faces et sa petite tourelle axiale supérieure.

À l’origine cet instrument comptait 15 jeux sur 2 claviers et pédalier en tirasse et son style était d’esprit romantique avec ses nombreux jeux de 8 pieds.

Malheureusement, en 1967, une intervention l’a complètement transformé en orgue “néoclassique” en introduisant, plein-jeu, cymbale, sesquialtera…

Il conserve toutefois quelques jeux de qualité aux belles sonorités. Il compte aujourd’hui 25 jeux (18 jeux réels) et la tuyauterie est très mélangée.

Cet orgue n’est plus aujourd’hui utilisable ; une reconstruction serait à envisager qui lui redonnerait son visage et ses voix initiales.

Témoin de la facture instrumentale et de l’esthétique de la fin du XIXe siècle, il complèterait avec bonheur le parc instrumental de Meaux.

L’orgue numérique Rembrandt

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Orgue du temple © J-M. Rigault

La ville de Meaux possède de nombreux instruments, à tuyaux qui ne sont donc pas transportables.

En 2005, l’association Valéran-de-Héman s’est donc dotée d’un bel orgue numérique transportable, afin d’étendre son champ d’action, de pouvoir organiser des concerts en des lieux divers et d’accompagner l’ensemble À-Travers-Chants lors de ses déplacements.

Il dispose de 60 jeux (baroques ou romantiques) ; 3 claviers et pédalier (Positif 13 jeux, Grand-Orgue 16 jeux, Récit 18 jeux, Pédale 13 jeux).

Cet orgue est installé au Temple protestant de Meaux dans le cadre d’une convention et sert à la liturgie autant qu’à l’animation musicale.

Tableau de la composition de l’orgue numérique Rembrandt